Trente ans après le sommet de la Terre à Rio De Janiero, les villages écologiques sont de plus en plus considérés comme une solution pour un environnement sain. D’où vient ce modèle ? Est-ce que ça marche vraiment ? Quels sont ses effets ? On vous dit tout sur ces villages alternatifs.

Qu’est-ce qu’un éco village ?

Ce mot est composé des deux termes « écologie » et « village ». Il est utilisé pour désigner une agglomération (rurale ou urbaine) basée sur des valeurs écologiques qui visent à instaurer l’autosuffisance. Il s’agit d’un modèle économique alternatif où la priorité est donnée à la communauté. L’objectif est de faire primer l’humain en respectant l’environnement et en promouvant la protection de la biodiversité. Le principe de l’éco village est développé autour de l’idée d’un habitat durable, responsable et solidaire. On y pratique la permaculture, la construction écologique, l’exploitation des énergies renouvelables, le jardinage et l’agriculture autosuffisante.

À noter que le terme peut être utilisé pour désigner les éco-hameaux et les communautés intentionnelles. Or, ces derniers ne fonctionnent pas forcément de la même manière que les projets d’écovillages. Alors que les communautés intentionnelles visent principalement à améliorer la qualité de vie ou à développer la création artistique, les éco-hameaux peuvent même avoir une vocation politique. Mais une chose est sûre, tous les villages écologiques ont un point commun : ce sont tous des lieux de vie collectifs, écologiques et solidaires. Ils sont perçus comme des laboratoires d’expérimentations alternatives. On y trouve un centre de production potagère, des constructions écologiques, un centre de ressources, un espace d’accueil ou encore des ateliers artistiques.

L’histoire des villages écologiques

Le terme a émergé lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro au Brésil en 1992. À l’époque, le rapport alarmant de Brantland a évoqué des problèmes environnementaux tels que le réchauffement de la planète, la raréfaction de l’eau et l’augmentation de la pauvreté dans le monde. En amont du sommet de la Terre, de nombreux objectifs ambitieux ont été fixés afin de résoudre les problèmes soulevés. Parmi eux, Global EcoVillage Network (GEN), tout comme Gaia Trust, ont proposé de financer des projets d’écohabitats en tant qu’exemples de communautés viables.

De multiples initiatives de ce type se sont développées au cours de ces dernières décennies. Les Danois étaient les premiers à créer une association de communautés viables en 1993. Par la suite, Gaia Trust a soutenu 20 projets d’écohabitats dans le monde estimant qu’ils peuvent devenir des projets d’éco village. Grâce à leur culture et leur mode de vie différent des sociétés modernes, ces projets ont développé plusieurs facettes du concept global d’écovillage.

Le modèle alternatif a pour ambition d’intégrer l’habitat humain dans l’écosystème naturel. En 1994, Global Ecovillage Network a développé une stratégie plus claire visant à consolider l’échange d’idées, de technologies et à favoriser le développement culturel et éducatif. Le but étant d’encourager les modes de vie respectueux et durables en faveur des futures générations. Quelques années après, GEN a présenté, lors de la conférence internationale des Nations unies Habitat, les écovillages comme des modèles positifs qui respectent les principes du développement durable. GEN et Gaia Trust ont, ensuite, proposé la mise en place du programme « La terre est notre habitat ».

Depuis, le programme a réussi à rassembler 243 membres dans diverses parties du globe. Ces membres sont des éco villages tels que Auroville en Inde ou des associations comme le Réseau français des Ecovillages. Créé en 1998, ce dernier est un collectif d’associations regroupant des dizaines de projets d’éco villages.

Leurs implantations dans le monde et en France

Aujourd’hui, en France et dans le monde, les zones rurales attirent de plus en plus ceux qui veulent vivre loin du stress et de l’agitation urbaine. Ces personnes cherchent les projets d’éco village car ils leur permettent de respirer de l’air pur et surtout de vivre au calme. Un nouveau mode de vie qui s’impose et qui devrait s’accentuer sous l’effet de la crise sanitaire. En effet, sur fond de pandémie mondiale, les questions sanitaires et environnementales sont devenues plus que jamais d’actualité. Par crainte de l’arrivée de nouvelles crises sanitaires d’origine infectieuse, les scientifiques ont mis au premier plan la question de la santé environnementale.

La Covid-19 a révélé le lien qui existe entre la santé et l’environnement. Il s’avère que le retour à la nature permet à chacun et à chacune d’entre nous non seulement de vivre une vie paisible, mais aussi de protéger l’environnement. Il fallait que nous survivions à une pandémie pour comprendre finalement l’urgence de réduire les pollutions d’origine humaine. Nous avons désormais une conscience de ce que nous devons à notre environnement et combien est précaire l’équilibre écologique qui assure notre maintien en vie.

De plus, la crise sanitaire nous a amenés à nous interroger sur la manière d’améliorer notre alimentation et de préserver la qualité des eaux, de l’air ou des sols. Outre ces interrogations, la prévention des causes des troubles de la santé mentale s’avère aussi d’une grande importance. De ce fait, certains ont choisi un mode de vie plus écologique en se tournant vers la nature afin d’être en paix avec eux-mêmes. Par ailleurs, l’amélioration de l’environnement n’est pas le seul motif derrière cette tendance. En Hongrie, par exemple, la construction des villages écologiques s’est développée pour des raisons financières. Cela est dû au fait que le coût de la vie est devenu trop élevé dans les zones urbaines.

Les éco villages : avantages et contraintes

L’écologie, la nature et l’humain sont au cœur de ce nouveau modèle. Dans le monde entier, l’émergence des villages écologiques cache une volonté mondiale de promouvoir un mode de vie alternatif. Ce modèle envisage la création des communautés viables basées sur le développement durable. Avec un nombre important de ces villages, nous aurons la possibilité de maintenir la biodiversité, de protéger les habitats naturels des différentes espèces et de développer un modèle agraire durable. Cela requiert aussi une synergie entre un processus décisionnel collectif et démocratique, une répartition équitable des tâches et un partage des projets. Ces pratiques permettent à la fois de créer un environnement propice à l’épanouissement intellectuel et affectif et de favoriser les échanges intergénérationnels.

Concernant l’aspect communautaire, ces villages permettent de faire participer les jeunes à une démarche basée sur la valorisation de l’économie rurale en lien avec l’économie urbaine locale. Toutefois, aujourd’hui certains projets se présentent comme étant écologiques sans l’être réellement. Il s’agit souvent d’un groupe de personnes qui n’ont rien à voir avec la communauté viable et leurs projets ne sont pas centrés sur le rapport humain/nature. De même, le terme éco village est souvent utilisé par les médias à tort et à travers. Cette banalisation est généralement due au manque de précision laissant la porte ouverte aux imposteurs.

Jusqu’à maintenant, on ignore le nombre exact des « vrais » écovillages. D’ailleurs, des réseaux comme le GEN n’assurent pas l’encadrement et le suivi sur terrain des éco-villages et se limitent à des inscriptions en ligne. Par contre, certains pays comme le Sénégal et l’Inde ont encadré leurs créations et leurs suivis. Une agence nationale dédiée aux écovillages a été, d’ailleurs, créée en 2009 au Sénégal.

Les contraintes liées à la vie communautaire et le manque de formation demeurent des freins à la concrétisation de ce modèle. De nombreux projets ont fini par échouer à cause du manque de compétences. D’autres se sont heurtés aux problèmes relationnels posés par la coexistence au sein de la communauté. Le modèle d’éco village exige avant tout de s’entraider et d’être solidaires pour pouvoir faire face aux défis environnementaux actuels.

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